« Elle vivait sa best life ! » : en trois mois, Andrée avait trouvé sa place à l’EHPAD

Quand Andrée Usunier est entrée à l’Ehpad de Darney, sa fille Martine avait le sentiment d’avoir trahi une promesse faite à sa mère. Trois mois plus tard, au moment de sa disparition, elle ne retenait plus la culpabilité, mais les sourires, les petites attentions et surtout la bienveillance d’un personnel qui avait appris à connaître sa mère.

« Trois mois, c’était assez pour qu’on s’aperçoive que tout était très bien. » Les larmes aux yeux, la voix tremblotante mais le sourire aux lèvres, Martine Usunier se rappelle des derniers mois passés auprès de sa mère, Andrée.

Je lui avais promis qu’elle n’irait pas dans un Ehpad. Elle me répondait toujours : »On ne sait pas ce qu’il peut se passer. » Jamais ennuyée par des soucis de santé, Andrée Usunier perd la vue en 2022, à 92ans. « C’est arrivé tellement rapidement », confie Martine. « Avec mon mari, Jean-François, nous sommes allés la chercher et l’avons gardée auprès de nous. »

Mais le temps passe et les évènements se compliquent. D’abord, des hallucinations. « Elle voyait des choses qu’elle seule pouvait voir, c’était gênant pour elle. » Puis, au bout d’un an, elle chute et se casse le poignent. « J’ai demandé de l’aide au niveau départemental pour avoir quelqu’un à domicile, mais je n’ai rien reçu. J’étais ses yeux au quotidien. »

« Comme à l’hôtel »

Le 17 août 2024, Andrée tombe dans sa chambre. « Mon mari est allé l’aider à se relever », se rappelle-t-elle. « Quand il lui a demandé ce qui c’était passé, elle lui a lancé en pleine face : « Je me suis pris les pieds dans votre foutoir ! ». (rires).

D’abord hospitalisée à Vittel, la mère de Martine entre à l’Ehpad de Darney le 26 août 2024. « J’étais honteuse parce que je venais rompre ma promesse », déplore Martine Usunier. « Mais tout de suite, l’accueil a été chaleureux. Il y avait eu un petit pot d’accueil lors duquel le directeur nous avait dit : « On ne pourra pas faire aussi bien que chez vous mais on donnera le maximum. »

Dans sa chambre, il y avait un petit mot « comme quand on arrive à l’hôtel », et les infirmières et aides-soignantes investies. « Le personnel s’est focalisé sur ce que maman aimait manger, ce qu’elle aimait faire. Ce n’était pas quelqu’un d’anonyme qui arrivait dans la chambre 18. » Martine l’avoue, « quand je suis repartie, j’étais vraiment rassurée. »

« Elle vivait sa best life ! »

Chaque jour, elle lui rend visite pour lui donner à manger. Mais le personnel lui fait rapidement comprendre que ce n’est pas la peine. « Tout était pris en charge, elle n’a jamais été laissée à l’abandon. Je me souviens, il y avait une jeune aide-soignante qui l’appelait « ma cocotte ». Ça fait sourire, c’est gentil, et ça fait du bien de l’entendre. »

Lorsqu’il y avait des animations, Andrée ne pouvait pas toujours y participer à cause de ses problèmes de vue. Alors, on lui rameniat un petit quelque chose. Des bouchées à dégustéer, des crêpes, et même du boudin noir. « Maman adorait ça. Elle avait entendu parler de la fête du boudin à Monthureux sur Saône et a demandé, avec son caractère, si elle pouvait en avoir au repas, sourit sa fille, en regardant son portrait. Et elle a fini par avoir son assiette de boudin noir avec de la purée et de la compote de pommes. Elle vivait sa best life ! »

Son gilet préféré

Des membres du personnel aux petits soins, qui l’appelaient pour lui demander des conseils ou pour lui raconter la journée. Tout était réuni pour qu’Andrée Usunier passe du bon temps.

Jusqu’au 23 novembre 2024. « Pendant que maman souffrait, le personnel était présent à nos côtés », se souvient Martine. « Juste avant qu’elle parte, les aides-soignantes sont venues lui souhaiter un bon week-end, avec les larmes aux yeux. » Jusqu’à la fin, l’accompagnement par le personnel de l’Ehpad de Darney a été à la hauteur des attentes de Martine, et des 2200€ mensuels.

« Au funérarium, une aide-soignante que je ne connaissais pas est venue la voir. Là, elle m’a regardée et m’a dit : « C’est chouette, vous lui avez mis son gilet préféré. » Ils avaient appris à la connaître, en seulement trois mois. »

Article Vosges Matin du 12/09/2026 – Arthur Charlier

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